Cet été se déroule une nouvelle étape de la transformation de la ligne de production au travail. Avec cette partie reviennent les ingénieurs des boites externes pour les qualifications qui suivent les dernières transformations. Ils connaissent déjà tous bien la maison et on est habitué à les recevoir. Pour ma part, je devais retrouver un externe allemand, un coréen et une anglaise. Et pour chacun des trois, il faut se remettre à leur anglais parlé typique. En terme de compréhension, je finis toujours pas m’en sortir malgré les embuches : l’ingénieur asiatique parle essentiellement du nez et l’anglaise parle évidemment très vite mais également avec un volume de voix étonnamment faible… enfin pas si étonnant en fait, plutôt en rapport avec sa taille car elle est vraiment extrêmement petite, plus petite que les plus petites tenues de salle blanche que l’on trouve…
Le plus dur est encore d’arriver à baragouiner un anglais qu’ils arrivent à saisir. Et là, il faut bien dire que je n’ai jamais été une étincelle.
Je me rappelle avoir touché à l’anglais la première fois en CM2. De ce que je me souviens, ça ressemblait vaguement à la chorale : le même genre d’horaire et le même sérieux… Je crois qu’on apprenait des trucs comme les couleurs ou les chiffres avec un dessin animé sur cassette vidée et avec des courtes comptines.
Après c’était le débarquement au collège et les années « Apple Pie ». Une 6ième « pré-européenne » du collège Pardé. On devait avoir une ou deux heures d’anglais par semaine de plus que les autres 6ième standards, je crois. Je me rappelle assez bien de la prof et de la salle de classe installée avec des rangés qui se faisaient faces de part et d’autre du bureau et du tableau… pour que l’on puisse plus facilement échanger… Chaque semaine, nous « glissions » d’une place en direction du tableau. Et puis nos prénoms étaient « anglaisés » pour le cours, quitte à être totalement renommé si c’était trop loin d’un prénom aux consonances anglo-saxonne. Ceci m’a valu deux années de Jack (heureusement pas le plus idiot de frères Dalton)… et à cette époque, je n’avais encore jamais entendu parler de Clement Attlee… Pour le reste mes bulletins portaient les annotations suivantes en anglais :
« Résultats très convenables aux contrôles, ensemble satisfaisant. Encore trop discret en classe, mais il y a un progrès »
« Travail sérieux, bons résultats, mais il faut faire un effort de participation au cours »
« Il faudra un gros effort à l’oral. Notes de contrôles un peu trop moyennes. Clément peut mieux. »
Et voilà… les bases sont fixées. Je ne parle pas assez et je ne donne pas assez de moi-même. J’ai ensuite continué dans la 5ième « pré-européenne » qui suivait : mêmes règles du jeu, même salle de classe, même prof. Les annotations se ressemblent également
« Trimestre convenable, des résultats irréguliers, mais Clément peut bien faire. Oral insuffisant. »
« C’est juste convenable, il faudra faire de gros efforts au troisième trimestre pour se maintenir. Travail à la maison satisfaisant. »
« Ensemble convenable, avec plus d’efforts à l’oral ce trimestre ». A bah voilà ! Un peu lent au démarrage quoi !
Mais pour finir, ma moyenne en anglais était trop faible pour poursuivre dans les classes « pré-europénnes » si je ne réussissais pas un test… auquel j’ai échoué en liste d’attente… Depuis, je n’ai pas vraiment eu l’impression de progresser en anglais.
Donc j’ai quitté les classes « pré-europénnes » pour une 4ième et une 3ième « anglais renforcé ». La classe avait hérité de la lettre K. Je m’étais plutôt bien épanoui ces deux années là. Je me souviens même avoir été délégué de classe… mais tout ceci est un autre sujet.
Il semblerait que nous avions alors deux profs d’anglais : un pour le cours standard et un pour le cours d’anglais renforcé. Pour faire court : je ne me souviens plus du premier… mais je me rappelle le second. Classe installée là encore pour que l’on soit les uns en face des autres. C’était également l’année du voyage linguistique de quelques jours. L’année de 4ième avait donné
« Bon trimestre » « Travail très sérieux. Des efforts réguliers. Bon ensemble »
« Bon trimestre. Des progrès à l’oral » « Très bien = sérieux, agréable, attentif, participe »
« Beaucoup de sérieux et d’application. Bons résultats » « Très bons travail »
L’année de 3ième : prof identique pour la partie standard et pour la partie « renforcé » : c’était le même que celui de l’anglais renforcé de l’année précédente.
« Elève très sérieux et agréable. Bon ensemble. » « Idem »
« Assez bien dans l’ensemble (seulement ?) = Clément a semble-t-il rencontré quelques difficulté en grammaire ce trimestre. J’attends mieux. » Les os en grammaire j’ai pas fini d’en rencontrer…
« Assez bon ensemble » « Bon ensemble »
Adieu Marcelle Pardé. Brevet en poche, j’ai pu aller exercer mes talents en anglais à Carnot. Pour bien débuter, je n’ai aucun souvenir de la prof de 2de. Mais ça n’avait pas dû être une rencontre fantastique.
« Ensemble insuffisant. Malgré les efforts, Clément n’est pas encore à l’aise à l’oral » A l’aise ? C’est rien de le dire…
« Quelques progrès » Je ne sais plus à quoi ils ressemblaient ces progrès mais en terme de chiffre il valait 0,38/20 de plus par rapport au trimestre précédent.
« Progrès satisfaisant » Haaaaaaa !!!
De façon générale, la seconde n’avait pas été folichonne. La 1ière qui allait suivre fut dans la même veine. Je me souviens de la prof ce coup-ci : très corpulente (imposante même), une demoiselle d’un certain âge et des robes en tissu écossais qui n’étais pas forcément des réussites. Mais alors la méthode de travail… je ne sais plus. Le 1er trimestre débutait assez mal.
« Résultats encore faibles. Réagissez ! »
« Encore fragile. Il faudrait travailler d’avantage »
« Allons donc ! Vous pouvez mieux ! »
Enfin bref, malgré les encouragements de cette spécialiste du point d’exclamation, je n’ai pas dépassé la moyenne en anglais sur l’année. De toute façon ce n’était pas top cette année… et le bac de français non plus… Allez ! On va dire que je n’étais pas prêt et pas pressé : je m’en suis refait une autre.
Pendant cette deuxième 1ière je me souviens de la prof aussi : elle n’était pas bien claire avec des tendances racistes. Et les samedi matin elle arrivait à peine décuitée… Ce que j’ai récolté en anglais cette année là :
« Juste moyen. Un ensemble qui peut s’améliorer. Approfondir le travail »
« Juste moyen. »
« Convenable. » Héhé plutôt concis sur la fin…
En Terminale, j’ai retrouvé la prof de la première 1ère avec les mêmes tenues vestimentaires. J’avais légèrement changé de catégorie d’annotations
« Résultats très irréguliers. »
« Ensemble moyen. Participez d’avantage » On retrouve l’oral.
« Résultats très irréguliers. » La boucle est bouclée.
Et j’ai quand même eu plus de la moyenne au Bac en anglais. Je vous raconterai où est ma note la pitoyable…
Après Carnot, direction prépa-intégrée de l’ESINSA : une bonne année de merde. Je ne dirais pas perdue car rien n’est perdu mais ce n’était vraiment pas pour moi, enfin, là encore, ce n’est pas le sujet du moment. Je me rappelle vaguement du cours d’anglais : détente en fin de journée de bourrage de crâne. Le prof était sympa et dans l’ensemble on devait être de sacré bille en anglais : à tel point que j’étais au-dessus de la moyenne de la promo. Ce que je me souviens du cours : des succès de la chanson : Suzanne Vega, U2 et des mini-polycopiés avec les règles de grammaire essentielles.
Comme je ne me suis pas attardé à l’ESINSA, la suite était l’IUT du Creusot. Deux sacrés bonnes années, un peu comme la 3ième et la 4ième K. En anglais, je me rappelle d’une salle qui n’était pas dans notre bâtiment « Mesures Physiques ». Mais pas du prof. Il nous collait parfois devant CNN pour « entendre l’anglais ». C’était aussi le début des fameux apprentissages de l’anglais technique alors que l’on n’était pas foutu de tenir une discussion sur la pluie et le beau temps.
Quand à PG, il y avait des groupes de niveau, le TOEFL a passé avec la menace de pas avoir le diplôme sans cela, des rapports, des présentations, de l’anglais techniques… mais là je crois que c’était perdu pour mette des mots de tous les jours entre les mots techniques.
Et à présent. Bah, il faut bien dire que c’est la débrouille avec l’anglais plus ou moins acquis en 6ième et en 5ièeme. Alors il faut bien créer un baragouin suffisant compréhensible pour des allemand, des asiatiques, des hollandais, des anglais ou des français. : Ça c’est le plus drôle. Quand le gars arrive et que l’on ne sait pas qu’il est français … on commence à l’entreprendre en anglais… une conversation en anglais entre deux français ça peut valoir son pesant de cacahuète et ça ne dure souvent pas bien longtemps avant de s’en rendre compte…
Hier c’est déroulé une opération de sauvetage : récupérer mon vélo de l’autre côté de la ligne formé par la ville de Neuchâtel. Effectivement, lors de notre déménagement au mois de décembre dernier une partie de nos affaires avaient échappées à notre attention : les roues hiver de voitures et mon vélo. En ce qui concerne les roues hiver, je les avais récupérés le jour même du déménagement en les collant dans mon coffre de bagnole. En fait, comme elles squattaient un coin de la cave je ne pouvais décemment pas les laisser à Marin. Par contre, mon vélo n’a pas eu cette chance et s’est retrouvé abandonné dans le local prévu pour le cet effet dans notre ancien immeuble.
Il a passé la moitié de l’année 2009 à la merci du froid glacial du fond de la cave, de la très difficilement supportable humidité de Marin et des mauvais traitements infligés par ces congénères : pédales coincés dans les rayons et d’autres sévices abominables… Bon OK, c’est vrai que je ne m’en suis pas tellement inquiété : depuis le départ de Grenoble, je n’ai pas nécessairement cherché à l’utiliser. Alors que durant les années grenobloise il me servait chaque jour pour me rendre ou sur la campus ou du le polygone. Et ceci sans parlé des galères dans lesquelles je me suis retrouvé avec Florent : reconnaissance de raid difficilement praticable en vélo ou encore quand il lui prenait l’idée de vouloir me faire monter un col des alentours de Grenoble…
Bref ! Hier, sept heures du mat’, Steph m’a voituré jusqu’au centre de Neuchâtel. Ensuite j’ai poursuivi jusqu’au Jumbo de Marin : j’ai ravitaillé en huile pour dérailleur. Comme j’ai mis une petite heure pour faire le trajet entre Neuchâtel et Marin par le bord du lac, j’ai déjà attendu l’ouverture du magasin. Une fois équipé, j’ai pris la direction de notre ancien appartement à Marin. Plus je m’approchais, plus je me demandais comment ça se passerait si je rencontrais quelqu’un dans les caves d’un bâtiment dans lequel je n’habite plus, en subtilisant un vélo (le mien d’accord mais ça il y a guère que moi qui le savait). Mais la question ne s’est finalement pas posé, je suis sorti sans rencontre, mon vélo sur l’épaule. J’ai cherché un petit endroit pour faire une rapide maintenance – gonflage des pneus et passage du spray gras – et j’ai pris la piste cyclable du bord du lac jusqu’à Colombier.
La matinée était très belle et la piste cyclable se pratique bien, hormis deux ou trois angle droit légèrement dangereux. Je craignais un peu de ne pas être capable de faire la montée dans Colombier mais c’est passé tout seul aussi. Comme je n’étais plus guère habitué au pédalage je suis arrivé en sentant le travail de cuisses mais le pire était bien le mal au cul… Je ne sais pas comment les cyclistes font pour passer des semaines et des semaines assis sur une selle…
Et depuis hier, mon vélo dort dans le local de notre immeuble actuel.
Matin de commis(1). Je me rends donc à la Coop voisine avec mes sacs dans les mains. Je franchi les portes automatiques puis le portique aux flèches blanches sur fond bleu. Patientant derrière le client qui vient de rentrer et qui ramasse son panier de plastique gris, j’en saisi à mon tour deux. Deux paniers, c’est mon étalon de transport : je sais que si je les rempli je serais encore capable de transporter la totalité de mes achats dans les deux sacs que j’ai apporté sans en chier de trop.
A l’entrée du magasin, on est accueilli par les fruits et légumes. Aujourd’hui le tout premier rayonnage est couvert de cagettes de tomates : ce sont les tomates grappes qui poussent en Suisse. Je déroule et arrache l’un des petits sacs transparents et m’approche d’un des cageots regorgeant des fruits rouges. Dans le sachet, je charge deux grappes tout en m’interrogeant sur le pourquoi d’un si immense étalage dédié aux tomates. Je lève mon nez à la recherche du numéro à tapoter pour la pesée mais je ne tombe que nez à nez avec un petit drapeau flottant au dessus de l’exposition de fruits carmin. Et puis là, tiens comme c’est étrange ! Au milieu de la foule des caisses de tomates, trônent cinq cageots d’ails bien blancs ! Ma première réactions est de me dire que les ails, comme les tomates, doivent être originaire de Suisse d’où le drapeau… Mais… Non… Ce n’est pas possible… Et si… Je fais quelques pas en arrière pour admirer l’œuvre ! L’étalage de tomate à l’entrée n’est pas un banal étalage mais là aussi un drapeau suisse : la croix blanche formée des cinq caisses d’ails au milieu du rouge des tomates.
A l’heure qu’il est, je ne sais toujours pas si je pouvais me permettre de me servir ainsi dans le rouge du drapeau…
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